Sous une mer chaude et peu profonde de l’Europe du Crétacé supérieur, il y a environ 90 à 70 millions d’années, le fond marin apparaît comme une vaste plaine blanche de boue crayeuse formée par l’accumulation de coccolithes, les minuscules plaques calcaires d’algues planctoniques. On y distingue de nombreux oursins irréguliers Micraster, en forme de cœur et longs de 5 à 7 cm, à moitié enfouis dans le sédiment, ainsi que de grandes coquilles d’Inoceramus pouvant atteindre 60 cm de large, éparses sur le fond. Au-dessus, un banc de petits poissons téléostéens argentés traverse une eau laiteuse turquoise, évoquant l’immense mer de craie qui recouvrait alors une grande partie de l’Europe du Nord.
Dans les eaux chaudes et bleu-vert de la mer intérieure de l’Ouest, au-dessus d’un fond vaseux assombri, un gigantesque Tylosaurus proriger d’environ 12 m surgit en embuscade à travers un banc compact de petits poissons clupéomorphes argentés, visant une ammonite Placenticeras aux côtes orangées, tandis que des Enchodus aux longues canines patrouillent plus bas. Cette scène se déroule au Campanien supérieur, il y a environ 80 à 75 millions d’années, quand une vaste mer peu profonde coupait l’Amérique du Nord en deux. Prédateur marin au sommet de la chaîne alimentaire, le mosasaure partageait cet écosystème subtropical avec des poissons osseux rapides, des ammonites et d’autres habitants d’une mer aujourd’hui disparue, figée ici dans un instant de tension venu du Crétacé.
Dans cette lagune carbonatée peu profonde de l’Europe du Crétacé supérieur, il y a environ 100 à 66 millions d’années, denses bouquets de rudistes comme Hippurites et Radiolites émergent du sable calcaire en cônes et en « cornes » crème et ocre, baignés d’une lumière dorée ondulante. Entre ces bivalves récifaux prospèrent des algues calcaires vertes et quelques coraux stylinides ramifiés, tandis que de petits décapodes rayés se cachent dans les interstices et que des poissons pycnodontes au corps haut glissent dans l’eau turquoise. Bien avant les récifs modernes dominés par les coraux, ces plateformes de la Téthys formaient des oasis marines chaudes où les rudistes étaient parmi les grands bâtisseurs des mers tropicales.
À la fin du Maastrichtien, il y a environ 67 à 66 millions d’années, un énorme Tyrannosaurus rex s’avance prudemment sur un banc de sable détrempé vers un Triceratops horridus campé en défense, la tête basse et les longues cornes pointées sous une lumière d’orage violette. La scène se déroule sur la plaine côtière de Laramidia, dans l’écosystème de Hell Creek, où chenaux, lacs en croissant et forêts de conifères, fougères et plantes à fleurs bordaient les rivières. Les empreintes profondes, les roseaux écrasés et la boue remuée rappellent que ces deux géants — l’un grand prédateur cuirassé d’écailles, l’autre colossal herbivore à collerette osseuse — vivaient parmi les tout derniers dinosaures non aviens avant l’extinction de la fin du Crétacé.
Sur les dunes rouge-or de la Formation de Djadokhta, dans le sud de la Mongolie, un Velociraptor mongoliensis entièrement emplumé se jette sur un Protoceratops andrewsi accroupi, tandis que le vent soulève des traînées de sable ocre sous un ciel dur et limpide. Cette scène se déroule au Crétacé supérieur, durant le Campanien, il y a environ 75 à 71 millions d’années, dans un vaste désert de dunes éoliennes où quelques angiospermes précoces et de petits conifères rabougris survivaient à peine. Le long corps agile du dromaeosauridé, sa queue raide et sa griffe en faucille contrastent avec la silhouette trapue et le bec puissant du cératopsien, rappelant le célèbre duel fossile découvert en Mongolie et figé par l’enfouissement rapide des sables.
Dans les plaines inondables de la Formation de Hell Creek, en Laramidie (ouest de l’Amérique du Nord), un troupeau d’Edmontosaurus annectens d’environ 10 m de long traverse un chenal boueux sous un ciel d’orage, parmi des conifères taxodiacés, des arbres à fleurs primitifs et des fourrés de fougères. Cette scène date de la toute fin du Crétacé, il y a environ 67 à 66 millions d’années, peu avant l’extinction qui emporta les dinosaures non aviens. Les sédiments de vase, de limon et de grès fin de Hell Creek enregistrent ce monde humide de rivières lentes, où ces grands hadrosaures au “bec de canard” comptaient parmi les herbivores dominants des écosystèmes nord-américains.
Dans la forêt lacustre de la biote de Jehol, au nord-est de la Chine, de petits Caudipteryx au plumage brun roux fouillent le sol cendreux tandis que de minuscules oiseaux primitifs, probablement des Enantiornithes, voltigent entre les branches de ginkgos et de conifères; plus bas, le mammifère Repenomamus, grand comme un renard, explore les fougères en quête de proies. Cette scène se déroule il y a environ 125 millions d’années, au Crétacé inférieur, dans la Formation de Yixian, un paysage tempéré marqué par des lacs, des retombées de cendres volcaniques et une végétation encore dominée par les gymnospermes, avec seulement quelques modestes angiospermes près de l’eau. Les fossiles exceptionnellement conservés de Jehol ont révélé avec une rare précision l’apparence des plumes, des poils et des écosystèmes, offrant une fenêtre saisissante sur un monde où dinosaures à plumes, oiseaux précoces et mammifères coexistaient déjà.
Sous le soleil de minuit de l’Arctique alaskien, il y a environ 70 à 68 millions d’années, de jeunes hadrosauridés proches des Edmontosaurini broutent au bord d’un ruisseau noir de tourbe, au milieu de mousses détrempées, de prêles et de fougères. La scène montre une forêt polaire fraîche de la fin du Crétacé, dominée par des conifères caducs semblables à Metasequoia, des ginkgos et des arbustes d’angiospermes primitifs, sur la marge nord de la Laramidie. Malgré la latitude extrême, ce paysage connaissait des étés de lumière continue, offrant à ces dinosaures herbivores un refuge étonnamment verdoyant dans le monde des derniers dinosaures.